Du blé aux robots : le Kazakhstan mise sur les investissements chinois pour diversifier ses exportations
En bref :
- Le forum de Almaty a réuni des centaines d’entreprises et donné lieu à près de 40 documents commerciaux signés.
- Un projet de transformation du blé doit convertir des céréales brutes en ingrédients industriels de plus grande valeur.
- Le corridor médian et les liaisons vers la Chine, l’Europe et le Moyen-Orient soutiennent cette stratégie d’exportation.
- La robotique et l’assemblage automobile montrent que les ambitions kazakhes vont au-delà de l’agriculture.
Pour le Kazakhstan, exporter davantage ne signifie plus seulement vendre des matières premières. À Almaty, le forum d’investissement avec la Chine a mis en avant une ambition plus large : transformer les ressources sur place, développer la technologie et faire émerger un pôle régional de production. Le changement intéresse les investisseurs, mais aussi les entreprises qui cherchent à accéder à de nouveaux marchés.
Les investissements chinois accélèrent la diversification des exportations du Kazakhstan
Le rapprochement économique entre Astana et Pékin s’appuie sur des échanges en forte progression. En 2025, leur valeur a atteint un record de 42,7 milliards d’euros, tandis que les investissements directs chinois au Kazakhstan se sont élevés à 2,4 milliards d’euros. Au forum d’Almaty, des centaines d’entreprises ont pris part aux discussions et près de 40 documents commerciaux ont été signés, selon Kazakh Invest.
Le président Kassym-Jomart Tokaïev défend un passage de projets isolés à des écosystèmes de production complets. L’objectif est de fabriquer conjointement, puis de vendre dans plusieurs régions : Asie centrale, Union économique eurasiatique, Caucase du Sud et Europe. Cette orientation s’inscrit dans une présence chinoise grandissante en Eurasie, un mouvement évoqué dans cette analyse des investissements chinois en Asie centrale.

Du blé brut aux ingrédients industriels
Le projet porté par le groupe chinois Dalian Hesheng Holdings illustre ce virage. Dans le nord du pays, un complexe doit transformer le blé grâce à la biofermentation et produire, entre autres, de l’acide glutamique et du gluten. La première phase représente environ 570 millions d’euros d’investissement.
Le calcul économique repose sur la valeur ajoutée. Une tonne de blé vendue autour de 175 euros peut être convertie en produits finis dépassant 800 euros, et dans certains cas 8 000 euros, selon Sun Yao, dirigeant du groupe. La capacité envisagée atteindrait d’abord un million de tonnes par an, avec une montée possible à trois millions lors des étapes suivantes. Pour un agriculteur, cela peut signifier qu’une récolte alimente une chaîne industrielle locale plutôt qu’un simple flux de céréales à l’export.
La Chine devrait constituer le principal marché de vente, tandis que des débouchés sont aussi envisagés en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord. Cette orientation rejoint les débats sur les perspectives des secteurs technologiques et industriels, dont les investisseurs surveillent le rythme de croissance.
Le corridor médian, un atout pour les exportations kazakhes
Transformer sur place ne suffit pas : les produits doivent arriver rapidement à leurs acheteurs. Pays enclavé, le Kazakhstan s’appuie sur le corridor médian, une route ferroviaire et maritime reliant la Chine à l’Europe via la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Türkiye. Astana vise 3 000 trains de fret par an sur cet itinéraire d’ici 2029.
L’huile de tournesol donne une idée concrète des délais en jeu. Un conteneur kazakh peut atteindre l’est de la Chine en une douzaine de jours, contre jusqu’à deux mois depuis les ports de la mer Noire. En 2025, le pays est devenu le deuxième fournisseur d’huile de tournesol de la Chine et le troisième fournisseur de tourteaux de tournesol de l’Union européenne. Quand la marchandise vaut davantage au kilogramme, le transport pèse moins lourd dans son prix final.
| Projet ou levier | Objectif annoncé | Marchés visés |
|---|---|---|
| Transformation du blé | Jusqu’à 3 millions de tonnes traitées par an à terme | Chine, Europe, Moyen-Orient, Amérique du Nord |
| Corridor médian | 3 000 trains de fret par an d’ici 2029 | Asie, Caucase, Europe |
| Robotique à Almaty | Jusqu’à 50 000 kits éducatifs par an | Asie centrale, Eurasie, marchés européens envisagés |
Robotique et automobile : une industrie qui vise les marchés régionaux
Le partenariat entre Nero Group et Ubtech Robotics prévoit la production locale de kits de robotique éducative à Almaty, avec une capacité annoncée de 50 000 unités par an. La fabrication de robots de service et d’humanoïdes est envisagée à partir de 2027. Les exportations vers l’Asie centrale et l’Eurasie sont dans le champ du projet, tandis que l’Europe reste une piste à développer.
Astana Motors montre une autre voie : vendre des marques chinoises au-delà du marché national. Le groupe distribue déjà des véhicules en Tchéquie, en Slovaquie et en Pologne, tout en augmentant ses capacités d’assemblage au Kazakhstan. Après un accord de licence avec Chery Holding, ses premiers véhicules sont sortis des usines kazakhes en septembre. Pour suivre les évolutions de l’investissement dans l’intelligence artificielle et les technologies connexes, ce point sur les anticipations du secteur offre un éclairage utile : les prévisions de certains investisseurs dans l’IA.
Du blé transformé aux robots assemblés, la diversification des exportations dépendra de la capacité à former des fournisseurs locaux, à tenir les coûts et à acheminer les produits sans retard. Les capitaux chinois peuvent accélérer cette évolution ; sa réussite se mesurera aux productions réellement implantées et aux ventes réalisées hors du Kazakhstan.



